Elle

Durant toute sa carrière, le cinéaste Paul Verhoven a toujours voulu surprendre son public. L’homme n’a jamais souhaité suivre des chemins balisés et n’a cessé de revendiquer une certaine liberté artistique. 

Un choix qui lui a valu des sacrifices, comme son départ forcé de la Hollande, son pays natal, dans les années 80, ainsi que de nombreux projets avortés.

Les films de Paul Verhoven sont a l’image que dégage le bonhomme, c’est a dire souvent violent et frontale dans la manière d’aborder leur sujet, mais, avec une profondeur et une double lecture qui en font des œuvres unique.

Inévitablement, les œuvres du bonhomme ont souvent déclenché des scandales. Ce fut encore le cas avec Elle, sortit en 2016, et adapté d’un roman de Philippe Djian paru quatr ans plus tot.

Un projet proposé à Paul Verhoeven par le producteur Saïd Ben Saïd, que le réalisateur accepte immédiatement, séduit par le coté inédit du projet.

Pour la première fois de carrière, le réalisateur dirige une équipe et un casting français, composé notamment d’Isabelle Huppert, Virginie Efira, Laurent Lafitte, Anne Consigny, ou encore Charles Berling, Alice Isaaz et Raphael Lenglet.

L’histoire démarre au moment où Michèle Leblanc, chef d’entreprise et mère divorcée d’un jeune garçon, se fait agresser et violer chez elle par un inconnu au visage cagoulé.

N’ayant plus confiance en la justice suite à une tragique affaire dans son enfance, elle choisit de ne pas appeler la police et mettra beaucoup de temps à en parler à ses proches.

Pour autant, cette agression a changé quelque chose en elle, qui va la pousser à remettre en question sa vie, ses proches, et sa propre sexualité. Et la révélation de la véritable identité de son agresseur ne vont faire qu’amplifier les choses.

Soyons honnête : A l’annonce du projet, je suis comme beaucoup, j’ai été particulièrement sceptique. Qu’allait faire le réalisateur de Robocop, Starship Troopers ou encore La Chair Et Le Sang dans le cinéma Français ?

Et ce n’est pas l’annonce du casting qui risquait de me rassurer. Paul Verhoven se serait-il embourgeoisé ?

Mais, dès les premières minutes d’Elle, le doute est clairement levé, si le cinéaste change de pays, il ne renie en rien sa méthode de travail.

Pour illustrer un sujet que n’aurait pas renié le Brian De Palma des années 80, Paul Verhoven ne prend pas de gans et nous mets dans l’ambiance d’entrée, en démarrant le film quelques secondes après l’agression.

Lors de la sortie du film, certains ont cru voir, dans le long métrage, un film prônant la culture du viol alors qu’au contraire, le réalisateur démontre la façon qu’à l’héroïne de surmonter ce drame et de s’en servir pour sa vengeance.

Mais, surtout, Elle est un film mettant en scène des femmes ayant pris les rênes (à l’image de l’héroïne) là ou tous les hommes dépeint dans le long métrages ne sont guidés que par le sexe (ça inclut le fils de Michelle Leblanc, manipulé et humilié par sa copine, ou son ex-mari , romancier qui tombe sous le charme d’une femme plus jeune juste parce qu’elle a aimé un de livres).

Sur la forme, Paul Verhoeven illustre son propos avec une mise aussi simple qu’immersive, ce qui lui permet de broder de nombreuses scènes relevant du jamais vu et appelé à marquer les esprits (je pense notamment à celle ou Isabelle Huppert, seule chez elle, se caresse en regardant avec envie son voisin par la fenêtre).

Sur le fond, Elle est un film aussi sulfureux que particulièrement intelligent, car, le réalisateur s’empare d’un sujet tabou, le viol, de manière inédite.

Fidèle à lui-même, Paul Verhoeven en profite également pour égratigner ceux qui utilise la religion comme justification a tous les actes, même les plus odieux, à travers le personnage incarné par le très belle Virginie Effira, dont beaucoup, semble-t-il, n’ont pas saisi le sens et l’importance.

Je terminerais en évoquant le casting, totalement dévoué au savoir faire du réalisateur, à l’image d’Isabelle Huppert, magistrale, dans un rôle pas si éloigné de celui qu’elle tenait dans La Pianiste, de Mickael Haneke, ou Laurent Lafitte, dans un savoureux contre-emploi.

Paul Verhoeven n’a jamais triché avec ses films et il est clair qu’Elle n’est pas fait pour ceux qui sont encore traumatisé par 50 Nuances De Grey.

Mais, pour ceux qui apprécient le vrai cinéma de qualité, le film de Paul Verhoeven est à voir absolument, et augure d’une nouvelle période particulièrement passionnante dans la carrière du réalisateur.