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Dans la liste des sujets tabous au cinéma, le thème de la pédophilie fait partie du haut du panier. Ce qui ne semble nullement effrayer le cinéaste François Ozon, qui décide d'en faire le sujet de son 18ème long métrage, Grace A Dieu.

En 2016, un ecclésiastique, le père Preynat, est mis en examen suite à des accusations d'agressions sexuelles. Les plaignants sont environ une soixantaine, tous regroupés dans une association baptisée La Parole Libérée.

Trois ans plus tard, Sept personnes de la hiérarchie catholique sont, a leur tour, placé devant la justice. A ce jour, l'instruction est toujours en cours. 

C'est en tombant, par hasard, sur le site de La Parole Libéré, que François Ozon a l'idée de ce long métrage qui relate le début de cette affaire, avec, notamment, la création de la fameuse association.

Parmi le casting, on trouve notamment deux comédiens avec qui le réalisateur à déjà tourné. D'abord, Melvil Poupaud, qui retrouve François Ozon pour la troisième fois après Le Temps Qui Rèste, en 2005, et le Refuge, en 2010.

Figure aussi Denis Menochet, que le réalisateur a déja dirigé sur le film Dans Ma Maison, en 2012.

Dans la distribution de Grace A Dieu, on trouve également Swann Arlaud, révélé avec Petit Paysan, Hélène Vincent, Josiane Balasko, Eric Caravaca, et Bernard Verley, qui incarne le père Preynat.

Le film suit successivement trois hommes dont le rôle va s'avérer déterminant dans les débuts de l'affaire.

Tout commence avec Alexandre Guerin, un homme d'une quarantaine d'années vivant dans la région Lyonnaise. Ce père de cinq enfants est un fervent catholique, qui se prépare a assister à la communion de ses deux ainés.

Une simple conversation avec un autre homme qui fut autrefois scout comme lui suffit à le replonger des années en arrière, une époque où il était soumis aux actes pédophiles d'un homme de dieu, le père Preynat.

Malgré des faits qui demeurent prescrit, Alexandre choisit d'alerter l'église par courrier, en s'adressant directement aux hautes instances de l'église, représenté par le cardinal Barbarin.

Alors que ce dernier semble fait la sourde oreille, l'homme décide de rechercher d'autres personnes ayant connu la mème chose que lui. C'est ainsi qu'il croise François Debord.

Tout comme lui, ce dernier est marié et père de famille, mais, soutenu par son épouse, il décide de porter l'affaire devant les médias. De fil en aiguille, il finira par créer l'association La Parole Libéré.

C'est par elle qu'Emmanuel Thomassin entre en contact avec Alexandre et François. Ce dernier est sans doute le plus marqué par ce qu'il a vécu enfant, au point d'en faire encore des crises d'épilepsie.

Ensemble, les trois hommes décident d'intenter une action judiciaire. Mais, cette affaire va également être l'occasion pour eux de s'interroger sur leur foi et leur capacité à croire encore en Dieu.

Le film de François Ozon aurait pu être un œuvre ouvertement anticlérical, dans lignée de films comme The Magdalene Sisters. Sauf que ce n'est absolument pas l'ambition première du réalisateur (le film rappelle d'ailleurs, au détour d'un dialogue, que tous les curés ne sont pas pédophiles).

Le cinéaste préfère s'intéresser à la façon dont la révélation de l'affaire va être perçu par l'entourage de chacun des trois personnages. Certains soutiennent les victimes (dont les noms ont d'ailleurs été changé pour le film), et d'autres font preuve d'une totale incompréhension, tels les parents d'Alexandre, dont la mère lui rétorque qu'il a toujours été doué pour remuer la merde, ou le frère de François, qui, lors d’un repas familial, s'en prend verbalement à lui.

Le réalisateur analyse ici comment une affaire de plus de trente ans révélés au grand jour va faire remonter les traumatismes et les rancœurs du passé.

Encore une fois, Grace A Dieu n'est pas un film à charge. François Ozon s'en tient au fait et se contente de raconter sans jamais juger, mème si le spectateur aura vite fait de se faire sa propre opinion devant certaines scènes particulièrement glaçantes, telle la fameuse conférence de presse du Cardinal Barbarin ou celui lâche : "Grace A Dieu, les faits sont prescrits".

Au final, François Ozon signe un film fort, profond, et juste sur un sujet tristement d'actualité. Une œuvre essentielle, magistralement interprété, qui ne peut laisser personne indiffèrent. Assurément, l'un de mes premiers coups de cœur cinéma de l'année.