sans un bruit

Parmi la multitude de films de genre qui sont sorti en 2018, deux auront, notamment beaucoup fait parler d’eux par leur singularité. Il y a d’abord Sans Un Bruit de John Krasinski et Bird Box de Suzanne Bier.

Commençons par nous intéresser au premier long métrage cité. Sortie au début du mois d’avril 2018 aux Etats Unis, A Quiet Place, de son titre original, devient rapidement un phénomène.

Pourtant, le film n’a pas été tourné avec peu de budget (17 millions de dollars, plus précisément), et son réalisateur, le comédien John Krasinski, ne s’est pas particulièrement distingué jusqu’ici.

D’ailleurs, le bonhomme ne tourne là que son troisième long métrage. Une œuvre sans véritable star au générique, hormis Emily Blunt qui est aussi la compagne de John Krasinski dans la vie.

Mais, le film, produit par Michael Bay, se taille un succès énorme et inattendu un peu partout dans le monde (on parle de 332 millions de dollars), et notamment en France ou il débarque chez nous au début de l’été, auréolé d’une excellente réputation.

Pour infos, sachez qu’une suite est d’ores et déjà prévu et devrait sortir en 2020.

Parmi le casting de ce premier opus, outre Emily Blunt que j’ai déjà cité, et John Krasinski qui joue également dans son propre long métrage, on peut noter la présence de Millicent Simmonds, jeune comédienne révélée par son rôle dans Le Musée Des Merveilles de Todd Haynes, en 2017.

L’histoire se déroule dans un monde ravagé par l’attaque d’étranges créatures mutantes. Celle ci sont sensibles au moindre son et un seul bruit peut suffire à causer une nouvelle victime.

Une poignée de survivants tentent de continuer à survivre en s’imposant un silence total. Parmi eux, la famille Abbott, dont l’un des enfants est sourd et muet.

Contrairement à ce que certains pourraient penser en voyant le nom de Michael Bay comme producteur, Sans Un Bruit est un film qui repose plus sur une ambiance de fin du monde que sur des effets chocs, même si le film en possède quelques-uns.

Sur cette terre devenu un endroit dévasté, la moindre erreur peut s’avérer fatale à l’être humain. La première scène du film nous le montre bien, puisque la famille Abott, sur lesquelles se centre le scénario, perds le plus jeune de ses enfants parce ce dernier à volé des piles et joué avec un simple jouet que lui a donné sa sœur, malgré l’interdiction des parents.

La façon dont ce climat, sans cesse menaçant, est retranscrit est la plus grande qualité du film. Quant aux créatures en question, John Krasinski choisit de ne livrer aucune information sur leurs origines ou la raison de leur présence.  

Malheureusement, le film a aussi ses défauts. Clairement, l’intention de plus mettre en avant des personnages avec une certaines profondeur plutôt que de jouer la carte des effets chocs à tout prix, est tout à fait louable et renvois au cinéma des années 70.

Le problème est que les membres de la famille Abott ne sont jamais attachants, à l’image des enfants, et notamment Regan, la fille sourde et muette qui nous la joue adolescente rebelle en piquant sa crise devant sa mère et son père, ou de son frère qui ne comprend pas grand-chose.

Les gamins multiplient les conneries, mais, c’est aussi le cas des parents, dont la femme est enceinte et accouche toute seule et sans problème dans un bac à douche.

Dans un monde ou les rares survivants ne sont jamais sur de rester longtemps en vie, faire un gamin relève de la pure inconscience.

Avec ses incohérences en pagailles (notamment la scène d’accouchement dont j’ai déjà parlé, mais aussi la révélation finale sur la façon de vaincre les monstres, dont on peut se demander pourquoi personne n’y a pensé avant), ses scènes de pur remplissage (Emily Blunt étend son linge, quel suspense !!!), et ses personnages absolument pas attachants, Sans Un Bruit est, pour moi, plus proche du pétard mouillé que du film de trouille tant vanté.

bird box

Passons maintenant à l’autre long métrage phénomène de 2018, je veux parler de Bird Box. A l’origine, il s’agit de l’adaptation d’un roman écrit en 2014 par John Malerman, le chanteur du groupe de rock The High Strung.

Un an avant la publication du bouquin, les dirigeants d’Universal Pictures en achète les droits. Le réalisateur Andrés Muschietti, très remarqué pour son son premier long métrage, Mama, est engagé pour réaliser la future version cinéma.

Mais, le projet traine et le cinéaste finit par quitter le navire, préférant s’atteler à la nouvelle version du roman de Stephen King, Ça.

En 2017, les responsables de la plateforme Netflix récupèrent les droits d’adaptation du bouquin et les choses redémarrent.

La réalisatrice d’origine danoise Suzanne Bier se retrouve à la barre de cette adaptation. Elle tourne là son troisième long métrage en langue, après Nos Souvenirs Brulés, en 2008, et Serena, en 2011.

Mais, le nom qui retient véritablement l’attention est celui de Sandra Bullock. Révélée dans les années 90, la comédienne connaît par la suite un énorme passage à vide, avant de revenir dans le film spatial d’Alfonso Cuaron, Gravity.

On la retrouve ici productrice et interprète principale du long métrage. De la à dire que Bird Box a été envisagé comme un véhicule pour la comédienne, il n’y a qu’un pas qu’on peut aisément franchir.

Mais, Bird Box compte également dans sa distribution un autre nom bien connu, celui de John Malkovitch, dans un rôle malheureusement beaucoup moins important.

Figurent également Sarah Paulson (révélée par la série American Horror Story), Rosa Salazar (actuellement au cinéma derrière les traits d’Alita), Tom Hollander (Miami dans Bohemian Rapsody) ou B.D Wong et Pruitt Taylor Vince.

L’histoire commence au moment ou une vague de suicides sans précédents déferle sur le monde. En revenant de la clinique ou elle avait rendez-vous, Malorie Hayes, une jeune artiste peintre enceinte, voit sa sœur se jeter sous les roues d’un camion.

Dans la panique ambiante, elle trouve refuge chez Douglas, un homme aussi riche que caractériel et égoïste.

Il apparaît bientôt que les responsables de ce chaos sont des créatures pouvant contrôler les êtres humains, en utilisant leur regard.

Le film alterne entre présent et passé. On voit d’abord Malorie Hayes dans une cabane avec deux enfants avec qui elle va tenter de traverser en barque une zone extrêmement dangereuse.

Au cours de ce périple, le spectateur découvre comment tout cela a commencé et ce qui a mené la jeune femme jusque-là.

A l’instar du film de John Krasinski, le scénario de Bird Box ne donne aucune explication sur ces créatures.

Hormis des dessins exécutés au crayon, on ne les verra pas non plus. En verité, derrière son apparence du spectacle post apocalyptique (ce qu'il est partie, évoquant mème la série The Walking Dead lors de certaines scènes particulièrement stressantes), le film est surtout un magnifique portrait de femme.

Au début de l’histoire, Malorie Hayes qui mène sa vie comme elle l’entend et ne souhaite surtout pas s’encombrer d’un enfant.

D’ailleurs, elle envisage de faire adopter celui qu’elle attend. Mais, les évènements vont la faire changer progressivement.

Lorsqu’elle se retrouve contrainte de s’occuper d’un garçon et d’une fille (auxquelles elle refuse de donner des prénoms), elle est d’abord extrêmement dur avec eux, avant de les accepter aux grés des épreuves (elle doit se résoudre à en sacrifier un, ce qu’elle ne fera finalement pas).

Alternant le drame et le suspense, avec des scènes de violences particulièrement forte (l'interdiction aux moins de 16 ans est totalement justifié), Bird Box est un très bon film, particulièrement bien joué et réalisé avec soin. Malgré tout, on peut regretter que les seconds rôles soient finalement peu mis en valeur, notamment celui incarné par John Malkovitch, qui se révèle pourtant savoureux dans son personnage de salopard délicieusement cynique.  Mais, ça n’entache pas le plaisir prit devant ce long métrage plus que convaincant.