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C’est un fait : Depuis plusieurs années, le cinéma Américain s’est considérablement appauvrit, préférant recycler de vieilles recettes.

Ce qui n’empêche pas certains de continuer leur carrière dans leur coin, tout en se fichant des modes avec une bel insolence. C’est notamment le cas de Clint Eastwood.

A 88 ans, l’un des derniers monstres sacrés du cinéma encore en activité nous offre, ce début d’année 2019, son nouveau long métrage, baptisé La Mule.

L’histoire est adapté d’un véritable fait divers survenu en 2011. Léo Sharp, un retraité de 90 ans, fut arrêté en possession d’une énorme quantité de drogue.

Les agents de la DEA découvrirent avec stupeur que l’individu était la plus vieille mule, autrement dit un passeur, du pays.

Une histoire qui interpella immédiatement le grand Clint : « « J’ai lu l’article du New York Times qui parle de cette affaire, et je me suis dit que ce serait amusant de réaliser un film sur quelqu’un de cet âge-là… C’est à dire de mon âge en fait. J’aime à penser que je suis toujours en train d’observer, d’apprendre, et le personnage de mon prochain long métrage est comme ça, lui aussi. Plus on avance en âge, plus on se rend compte qu’on ne sait rien. Du coup, on continue à avancer ».

L’homme contacte immédiatement le scénariste Nick Schenk, avec qui il avait déjà travaillé sur Gran Torino en 2008.

Les deux hommes se mettent au travail, mais, Clint Eastwood à déjà une idée précise de la direction qu’il veut donner à son film : « Nous nous attachons aux inconvénients des avantages, si je puis dire. Le personnage principal de l’histoire aide les gens, participe à reconstruire le local de ses amis vétérans et redonne un coup de jeune à sa ferme de lis d’un jour… avec tout ça, il a l’impression d’être un sauveur, mais il connaît une déchéance sur le plan moral. Il sait que ce qu’il fait est mal et qu’un jour il devra en assumer les conséquences ».

Pour l’occasion, le réalisateur décide d’incarner ce personnage qui le fascine. Comme a son habitude, il choisit de s’entourer d’un casting savamment choisit :

«Reunir les bons comédiens, c’est important : On recherche toujours un certain profil pour chaque rôle et on a aussi envie qu’il y ait une bonne ambiance pendant le temps qu’on va passer à travailler ensemble. On peut parfois choisir des acteurs qu’on ne connaît pas personnellement, mais il faut au moins avoir une certaine admiration pour leur talent. En l’occurrence, c’était formidable de travailler avec ce groupe en tant qu’acteur et réalisateur ».

Dans La Mule, on trouve notamment Taissa Farmiga, Diane West, Andy Garcia, mais aussi plusieurs comédiens ayant déjà travaillé avec le réalisateur, notamment Michael Peña, qui était apparu dans Million Dollar Baby, Laurence Fishburne, qui tenait un rôle dans Mystic River, Bradley Cooper, que Clint Eastwood a déjà dirigé dans American Sniper, et Alison Eastwood, la propre fille du cinéaste acteur, qui, si elle était apparue enfant dans plusieurs long métrages de son père, comme Bronco Billy, n'avait plus tourné pour lui une fois adulte. Des retrouvailles dont elle se réjouit « C’est la première fois depuis que je suis majeur que je joue à ses côtés. Ça a été une expérience vraiment magique et c’était merveilleux de partager ça avec lui »

L’histoire de La Mule tourne autour de Earl Stone, un nonagénaire qui a travaillé toute sa vie d’adulte dans son exploitation d’horticulture. Mais, à 90 ans, il se voit saisie son entreprise.

Sans perspective d’emploi, il tente de se tourner vers sa famille. Mais, sa fille et son ex-femme sont en guerre contre lui, lui reprochant d’avoir toujours privilégié sa carrière professionnelle au détriment de ses proches.

Seule sa petite fille, Ginny, continue de le soutenir et c’est d’ailleurs lors d’une fête qu’elle organise qu’un des amis de la jeune fille vient fournir à Earl une adresse pour un boulot.

Sans savoir ce qui l’attends, le vieil homme se rend dans un garage, ou des types lui fournissent un sac et des instructions. C’est ainsi que Earl Stone devient un passeur de drogue pour le cartel Mexicain. Pendant ce temps, Colin Bates, un des meilleurs agents de la DEA, le service de lutte antidrogue de la police fédérale, est muté à Chicago et commence à travailler sur le trafic local et ceux que l’on surnomme « Les Mules ».

Avec ce nouveau film, Clint Eastwood montre qu’il n’a pas changé et n’en a pas l’intention. Clairement, La Mule n’est pas une œuvre faite pour des spectateurs uniquement gavés aux popcorn et aux blockbusters du moment. D’ailleurs, il y a fort à parier que le jeune public, je parle surtout des adolescents, trouve le film trop lent et ringard.

Le réalisateur s’adresse à un public de connaisseur qui aime le cinéma, tout comme lui. Son nouveau long métrage pourrait se voir comme un mélange entre Gran Torino (le personnage d’Earl Stone rappelle beaucoup Walt Kosalski) et Un Monde Parfait (dans une forme inversé puisque, cette fois, Clint Eastwood n’est plus du coté de la loi).

Certains auraient fait de La Mule un film a suspense en mettant l’accent sur la traque mené par Colin Bates avec un face à face final entre l’agent de la DEA et le nonagénaire.

Mais, Clint Eastwood préfère placer l’histoire sur un plan humain. Son personnage est surtout un homme à l’aube de sa vie qui comprend, trop tard, son erreur d’avoir trop négligé sa famille au profit de son amour des fleurs.

Le film est émaillé de répliques dans ce sens et notamment lorsqu’il explique avoir toujours voulu avant tout profiter de la vie, ce à quoi un proche du responsable du cartel lui rétorque : « c’est ce qui fait que des gens comme vous finissent par travailler pour nous ».

On peut reprocher beaucoup de choses à La Mule , notamment sa naïveté qui va de pair avec celle du personnage centrale, ou certains dialogues (notamment sur la tendance actuelle des portables) qui ne rendent pas le film moderne.

Mais, Clint Eastwood reste, encore une fois, égale à lui mème et tant pis si ça déplait. Le film contient des scènes très drôles, notamment quand celui que le cartel surnomme affectueusement Tata, se permet de les ridiculiser gentiment.

Dommage que l’interprétation du comédien réalisateur éclipse quelque peu celle de certains de ses partenaires (je pense surtout à Bradley Cooper, même si la scène de rencontre entre les deux hommes dans un restaurant demeure un très grand moment, et Michael Peña, dont le personnage est inexistant).  

La Mule n’est sans doute pas le meilleur long métrage de Clint Eastwood, mais, ça reste sans aucun le plus beau et le plus touchant depuis Gran Torino.