ne vous retournez pas

Parmi les nombreuses personnalités du cinéma disparus en 2018, la mort du réalisateur Nicolas Roeg est quelque peu passé inaperçue.

Il faut dire que le bonhomme, qui a commencé sa carrière comme directeur de la photographie sur des films comme Lawrence D'Arabie ou Le Masque De la Mort Rouge de Roger Corman, s'est surtout distingué par des long métrages souvent atypiques, dont la plupart n'ont pas franchement été des succès.

Pourtant, si il y a bien une oeuvre qui a marqué les esprits, c'est bien Don't Look Now (Ne Vous Retournez Pas en Français), réalisé en 1973.

A l'origine, il s'agit d'un roman de Daphné Du Maurier, romancière surtout connu pour avoir déjà été adapté par trois fois au cinéma par Alfred Hitchcock : La Taverne De La Jamaïque, Rebecca, Les Oiseaux.

Au casting figure notamment Donald Sutherland, Julie Christie, Hilary Mason, Clelia Matania, Renato Scarpa et Leopoldo Trieste.

L'histoire tourne autour d'un couple Anglais, les Baxter, dont la vie bascule le jour ou leur petite fille tombe dans le lac à proximité de la maison et se noie, malgré l'intervention de son père qui ne parviendra pas à la sauver.

Quelques temps plus tard, le couple décide de partir quelques jours à Venise, histoire de tenter de se remettre du drame. L'homme doit y superviser des travaux sur une église sous l'oeil bienveillant d'un évêque.

C'est la que le couple croise, dans un restaurant, deux vieilles dames, en faite des soeurs, dont l'une est aveugle. Voulant les aider, Mme Baxter les suit au toilettes ou l'une d'elle lui avoue avoir vue la fillette décédée, assise entre ses parents.

Dés lors, la pauvre mère éplorée commence à participer à des séances de spiritismes, au grand dam de son mari qui ne croit pas à tout cela. Y comprit quand l'aveugle tente de prévenir la femme au sujet d'un danger qui menacerait son époux. Charlatanisme ou véritable prédiction ? La réponse viendra dans un final glaçant qui donnera tout son sens à l'histoire.

Si il est un film qu'il faut absolument voir jusqu'au bout, c'est bien celui de Nicolas Roeg. Pourtant, autant le dire, la tache est relativement difficile tant le réalisateur ne facilite absolument pas la compréhension du spectateur, multipliant les scènes, parfois dans le désordre, ou qui se termine brutalement.

Ainsi, une scène d'amour entre les époux Baxter sera constament entrecoupée de gros plan ou ceux ci viennent de rhabiller. Tout au long du film, Nicolas Roeg ne cesse de perdre le spectateur volontairement, à l'instar du personnage de Donald Sutherland dans les ruelles d'une ville de Venise qui n'a jamais été aussi labyrinthique.

Fatalement, on finit par se demander ou veut en venir le réalisateur et celui ci semble constamment naviguer à vue, ce qui n'est, bien sur, qu'une impression.

Pourtant, Nicolas Roeg maintient constamment la tension, par petites touches. Ça commence par la terrifiante scène de mort de la fillette, que le réalisateur ponctue avec l'image d'un liquide rouge qui se repend sur une photo.

Puis, ce sont des éléments éparses comme ces meurtres à répétition mettant sur les dents la police de Venise, les signes comme la fameuse couleur qui revient souvent (gros plan sur un bonnet d'enfant, rouge, bien sur), des apparitions comme le visage d'une des soeurs dans un halo de lumière ou les comportements de certains personnages comme le curé, en passant par ces détails renvoyant sans cesse à la mort de la fillette (le corps sortit de l'eau) et jusqu'à la scène finale que je ne dévoilerais pas.

Oeuvre unique, totalement à contre courant (rappelons que le film est sortit en pleine période des copies de L'exorciste, auquel il ne ressemble absolument pas, malgré les apparences), Ne Vous Retournez Pas est un très grand film, magistralement interprété et à la réalisation diabolique (encore une fois, la ville de Venise n'a jamais parue aussi inquiétante). Bref, une oeuvre à découvrir absolument, mais, qui, j'insiste, ne plaira pas à tout le monde.