the strangers

Depuis quelques  années, le cinéma Coréen s’est imposé auprès du public par ses long métrages tranchants avec ceux de son compatriote Américain.

De même, certains réalisateurs n’hésitent pas à se servir de thèmes typiquement Yankee pour livrer des œuvres totalement différentes. C’est notamment le cas de Na Hong-jin avec The Strangers.

Troisième long métrage du cinéaste, après The Chaser en 2008, et The Murderer, deux ans plus tard, The Strangers fut, de l’aveu même du réalisateur, un projet particulièrement difficile à concrétiser : « Je voulais créer un nouveau genre, une sorte d'anomalie qui ne rentre pas dans ce que nous caractérisons habituellement des films de genre. », expliquait il lors d’une interview.

Au total, entre l’écriture du scénario et la production, il faudra huit ans à Na Hong-jin, pour finaliser son film.

Un projet basé sur le deuil et la mort : : « En prenant de l’âge, j’ai réalisé que je commençais à perdre beaucoup de mes proches. J’assistais de plus en plus souvent à des funérailles où l’on est amené à veiller, à passer des nuits blanches. C’est là que j’ai commencé à réfléchir à tous ces gens qui perdent leurs proches, et qui sont, eux aussi, des victimes. ».

L’histoire se déroule dans un petit village, paisible jusqu’à ce qu’une vague de meurtres secoue la communauté. Rapidement, de nombreuses voix s’élèvent et accusent un individu arrivé depuis peu dans le village.

Dans un premier temps, Jong-goo, le flic en charge de l’affaire, ne croit pas à la rumeur, mais, lorsque sa propre fille adopte un comportement étrange, l’homme perd peu à peu ses repères, ne sachant plus ou est la vérité.

Sur le papier, The Strangers pourrait être définit comme une rencontre entre The Crazies (pour la folie meurtrière s’emparant des habitants) et L’Exorciste (pour la possession de la fille du héros).

Na Hong Jin nous plonge dans un long cauchemar en jouant au maximum sur la nature des évènements et sur celle du fameux étranger, un chinois mystérieux vivant en ermite, nouvellement arrivé dans la région. 

Face à des phénomènes inexplicables, les habitants plongent dans le racisme le plus crasse. Quant a Jong-goo, le héros, il est à l’image des flics locaux, c’est à dire pas franchement dégourdit, ni intelligeant. D’ailleurs, sa femme n’a que peu de considération pour lui.

Plus il essaie de protéger sa famille, et de sauver sa fille, et plus il s’enfonce. Puis, le doute s’installe : De la shaman ou de cette étrange jeune femme qui rode dans le village, qui est vraiment honnête ?

Ce n’est que dans l’ultime scène du film que Na Hong Jin lèvera véritablement le voile sur une vérité particulièrement terrifiante.

Parabole sur le rejet et l’intolérance, The Strangers est une belle réussite, auquel on reprochera malgré tout le fait de ne pas donner toutes les réponses (Que veut le shaman exactement, et cette femme étrange est elle réellement honnête ?) ainsi qu’une durée un peu trop longue pour un sujet qui n’en demandait peut être pas autant. 

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On reste dans le cinéma Coréen avec Tunnel, écrit et réalisé par Kim Seong-hoon, et sortit en 2016. Il s’agit d’une adaptation d’un roman à succès écrit par  So Jae-won.

Troisième film de son réalisateur, après How the Lack of Love Affects Two Men en 2006, et surtout Hard Day, en 2014, film qui l’a révélé au grand public, Tunnel permet d’abord à Kim Seong-hoon d’aborder un genre encore peu utilisé dans le cinéma locale, le film catastrophe, mais, à la mode Coréenne.

Lee Jeong-soo, un vendeur de voiture d’occasion sans histoire, vient de faire le plein de sa voiture et s’apprête à rentrer chez lui pour fêter l’anniversaire de sa petite fille.

Son trajet l’oblige à traverser un tunnel particulièrement fréquenté. Alors qu’il roule paisiblement, des bruits se font entendre et le tunnel s’effondre sur lui.

Les secours sont rapidement sur place. Mais, divers facteurs vont compliquer les choses, forçant Lee Jeong-soo à vivre un très long cauchemar dont il n’est pas sur de réchapper.

Si le point de départ rappelle notamment le film de Rob Cohen, Daylight, Kim Seong-hoon s’en sert surtout pour livrer une critique acerbe sur le fonctionnement des autorités locales et sur la médiatisation grandissante dévolue à ce genre de drame.

Le film alterne constamment entre le personnage de Lee Jeong-soo, qui tente comme il peut de survivre, coincé au milieu du tunnel, sous un énorme amas de gravas, et ce qui se passe à l’extérieur.

Il ne faut pas longtemps pour que les journalistes s’emparent de l’affaire, en cherchant le scoop à tout prix, et peu importe que ça mette la vie d’un homme en danger.

D’ailleurs, il faut croire qu’avec sa critique du milieu, Kim Seong-hoon à visé juste, car, lors de la sortie du film en Corée, plusieurs journalistes lui ont reprochés d’être hostile à la presse, ce dont il s’est défendu.

Mais, avec Tunnel, le réalisateur ne s’attaque pas uniquement aux médias. Les politiques ne sont pas en restent. Dans le film, c’est la ministre qui s’empresse de venir faire sur les lieux, faire une photo avec Se-hyeon, la femme de Lee Jeong-soo, avant de retourner sa veste face aux pressions économiques. Se-hyeon est d’ailleurs montrée comme une personne fragile, mais, profondément amoureuse et terriblement humaine.

Ce qui ne l’empêchera pas de craquer lorsque le gouvernement, les médias et la population, qui se désintéressent peu à peu de l’affaire, la pousse à abandonner  son mari, au mépris de toute humanité.

Sur un canevas typiquement Américain, Kim Seong-hoon parvient à allier drame touchant, thriller haletant, et peinture acerbe de la société Coréenne. Tunnel est une belle réussite auquel on pardonnera quelques erreurs, comme ce personnage de chien qui ne sert à rien (et qui finit d’ailleurs dans une animalerie, étant donné que le héros n’aime pas les chiens, et ce malgré le fait que sa fille en veuille un pour son anniversaire). Mais, ça n’entame pas les qualités de ce très bon film profond, satirique et émouvant.