Okko et les fantômes

A moins d'ètre un inconditionnel de l'animation Japonaise, il y a peu de chances que le nom de Kitarō Kōsaka vous dise quelque chose.

Pourtant, l'homme fut notamment l'un des piliers du Studio Ghibli, ou il officia comma animateur, puis, directeur de l'animation durant une vingtaine d'années.

Outre les oeuvres d'Hayao Miyazaki ou Isao Takahata, l'homme travailla également sur des long métrages animés comme Akira, Metropolis, Little Némo In Slumberland ou des séries télés, notamment la version japonaise des Quatre Filles Du Docteur March.

Kitarō Kōsaka a également collaboré occasionnellement avec un autre studio, bien connu des amateurs, puisqu'il s'agit de Madhouse.

C'est sous leur bannière qu'il tourne ses premiers courts et moyens métrages, dans les années 90 et 2000, en autre Nasu, un été andalou.

Après l'annonce de la restructuration du Studio Ghibli, l'homme décide de tenter l'aventure du premier film, et reviens dans le giron de Madhouse.

Il signe donc Okko Et Les Fantômes, adaptation d'une série de livres pour enfant ultra populaires au Japon.  

Le film, sortie en 2018, raconte l'histoire d'une fillette de 12 ans, baptisé Oriko Seki, que tout le monde surnomme Okko.

Il s'agit d'une enfant heureuse, pleine de vie, et très aimée par ses parents. Mais, son quotidien agréable est brisé à cause d'un accident de voiture, dont elle sera la seule à réchapper.

Devenue orpheline, elle part vivre chez sa grand mère, qui tient une auberge. Dés son arrivée, elle fait la connaissance de Makoto Tateuri. Il s'agit d'un jeune garçon du même âge qu'elle que l'on surnomme Uribo. Un camarade un peu particulier puisqu'il s'agit d'un fantôme.

D'abord effrayée, Okko s'attache assez vite à lui, mais, il lui faudra également s'adapter à la présence Miyo, un autre esprit, et compter avec Suzuki, un petit diablotin qu'Okko à libérée par mégarde.

Qu'il s'agisse de la très courte bande annonce ou de l'affiche du film, tout m'incitait à penser que j'allais voir un long métrage à destination d'un jeune public. 

C'est dire la claque j'ai prise lors de la séance. Car, autant prévenir, derrière son coté un peu naïf, Okko Et Les Fantômes est une oeuvre profondément adulte qui évoque un sujet souvent tabou, à savoir la mort d'un proche et surtout le difficile travail de deuil pour ceux qui restent.

Malgré son scénario de base, Kitarō Kōsaka signe une oeuvre lorgnant plus vers la psychologie que le fantastique pure. Pour cela, le réalisateur se base sur des personnages fort. D'abord la jeune Okko qu'on découvre au début du film, heureuse entre ses deux parents lors d'une fête.

Puis, c'est le drame de la disparition. C'est grâce à un fantôme qu'elle sera sauvé de l'accident. Cet esprit, c'est Uribo, autrefois l'ami d'enfance de Mineko, la grand mère d'Okko, et qui est mort à peine quelques jours après que sa camarade ait déménagé, lors d'un accident bête comme il en arrive souvent. Ironie de la chose : Mineko n'a jamais su ce qu'était devenu son ami. Mais, celui ci est resté, en fantôme, dans l'hôtel qu'elle tente de maintenir à flot, ou il continue à veiller sur sa camarade.

Le second esprit se nomme Miyo. Il s'agit d'une fillette qui avait à peine 7 ans lorsqu'elle est morte. Mais, surtout, c'était la grande soeur Matsuki Onno, une fille de la classe qu'Okko, qui a également le même âge qu'elle et dont la famille tient un luxueux hôtel, concurrent de l'auberge de Mineko. 

Enfin, il y a Suzuki, un petit diablotin blond libéré par Okko et qui ne sert pas à grand chose, à part passer beaucoup de temps à manger. Au cours du film, Okko rencontrera également des clients de passage de l'auberge, notamment un père tentant de maintenir difficilement la relation avec son fils après le décès de sa femme, une voyante quitté par son conjoint, ou un couple et leur enfant dont la rencontre va se révéler cruciale pour la jeune fille.

Au cours du film, Okko va évoluer et apprendra à exorciser son traumatisme et à faire le deuil de ses parents, réalisant que, malgré tout, la vie doit continuer.

Oeuvre touchante sur l'apprentissage de soi et la faculté à se libérer de ses peurs, le film de Kitarō Kōsaka demeure véritablement magnifique. Certes, Okko Et Les Fantômes bénéficie d'une animation un peu trop rudimentaire, et il est certains que le long métrage n'a pas la subtilité d'une oeuvre d'Hayao Miyazaki, mais, sa sincérité évidente et le fait que le réalisateur ne cherche jamais à copier ses modèles (à l'inverse, récemment, d'un long métrage comme ) le rendent plus que que recommandable. Pour ma part, c'est mon coup de coeur de l'année.  

20531414Autre animateur ayant flirté avec le studio Ghibli, pour lequel il a travaillé à l'occasion de Kiki La Petite Sorcière, Hiroyuki Okiura s'est surtout construit une carrière ou on le retrouve un peu partout, et notamment au générique de plusieurs production I.G, comme Akira, Roujin Z, Blood The Last Vampire ou Ghost In The Shell.

En 1999, Hiroyuki Okiura passe une première fois à la réalisation en 1999 avec Jin-Roh La Brigade des Loups.

Malgré son succès et les nombreux prix que le film reçoit, son réalisateur ne retentera l'experience que 14 ans plus tard, en 2013 avec Lettre A Momo.

Un projet très personnel qu'Hiroyuki Okiura portait en lui depuis sept ans et dont il signe pour la première fois le scénario traitant de la manière pour une famille d'apprehender un deuil, le tout sous forme de fable fantastique.

Tout commence avec trois gouttes d'eau, dont une qui vient atterrir sur la tète de Momo Miyaura, jeune fille de 11 ans qui part s'installer sur une île avec sa mère, après la mort de son père.

Plutôt capricieuse et caractérielle, Momo voit d'un mauvais oeil ce déménagement imposé et la nouvelle vie va rapidement lui apparaître comme ennuyeuse, d'autant que sa mère devient assez froide et souvent absente.

Mais, tout va changer lorsque la jeune fille commence à entendre des voix étranges dans la maison. Elle finit par découvrir la présence de 3 curieux personnages, dont les raisons de la présence, d'abord flous, vont s'eclaircir avec le temps.

Avec eux, Momo va comprendre énormément de choses sur elle et sur ses relations avec sa mère et son père décédé.

A travers cette histoire, tourné en animation 2D, le réalisateur traite également du manque de dialogue dans une famille. Avant le décès de son père, Momo s'est disputé avec lui, pour une raison finalement assez futile. Mais les mots prononcés résonnent encore aux oreilles de la jeune fille qui ne parvient pas à se pardonner son comportement, serrant la lettre que son père à commencé à écrire sans jamais pouvoir la finir.

Il est intéressant de noter qu'elle reproduira pratiquement la même erreur avec sa mère, avant que celle ci tombe gravement malade, forçant Momo à tout tenter pour la sauver.

De son coté, la mère adopte une attitude plus distante dans le but de cacher sa détresse et protéger sa fille, alors que c'est la contraire qui se produit.

Finalement, Momo parviendra à évoluer, comme le montre la scène au dessus du pont ou elle finit par se jeter à l'eau, désormais plus sur d'elle. 

Alors que le résultat aurait pu virer au film plombant, Lettre A Momo est tout le contraire puisque c'est un joli long métrage sur l'apprentissage de la vie. Hiroyuki Okiura signe une oeuvre touchante et parfois amusante, notamment lors de scènes impliquant ces anges gardiens vraiment pittoresques.