A la fin des années 90, le nom de M. Night Shyamalan devient connu de tous grâce au succès de Sixième Sens. Sortie en 1999, ce long métrage est déjà le troisième long métrage tourné par le cinéaste, après Praying With Anger, en 1992, et Wide Awake, un an avant. Deux œuvres resté, encore à ce jour, totalement inédites en France.

Malgré un budget modeste, le réalisateur parvient à s’assurer la présence d’une énorme star au générique, en l’occurrence Bruce Willis.

Encore aujourd’hui, ce film reste le plus gros succès de M. Night Shyamalan (et permis à Bruce Willis, dont la carrière commençait à péricliter dangereusement, de revenir sur le devant de la scène).

Pour donner la réplique à l’acteur star, le réalisateur choisit Haley Joel Osment, un tout jeune comédien, dont la carrière se limite jusque la à quelques petits rôles dans des séries télévisés, et dans des longs métrages comme Forrest Gump de Robert Zemeckis ou Bogus de Norman Jewison.

L’histoire de Sixième Sens est assez simple. On suit un petit garçon de neuf ans prénommé Cole Sear qui vit avec sa mère. Un enfant dont la particularité est de voir des personnes mortes, à travers des visions souvent terrifiantes.

Conscient que personne ne pourrait le croire si il se confiait, Cole s’enferme dans le silence et vit dans la peur constante.

Un jour, il croise le docteur Malcolm Crowe, un psychologue pour enfant. Ce dernier va tenter de l’aider, une manière aussi, pour lui, d’exorciser un passé difficile.

La grande qualité de Sixième Sens est de dérouler un scénario relativement simple (mais, malin), sans jamais tomber dans le grand spectacle ou le grotesque.

M. Night Shyamalan se contente de filmer des moments souvent intimistes, en l’occurrence des échanges entre les personnages (concernant principalement le docteur Crowe et le jeune Cole).

Coté réalisation, rien d’exceptionnel, non plus, mais, ça reste efficace. Alors, qu’est ce qui a fait que le film est resté dans les mémoires ?

Outre l’excellente prestation de Haley Joel Osment et de Bruce Willis, qui prenait visiblement un plaisir évident à casser son image de héros de film d’action, c’est surtout la fin, en forme de retournement de situation, qui à assuré au film son succès fulgurant (certains spectateurs retournaient voir le film une seconde fois, histoire de bien comprendre le twist).

Un principe pas forcement novateur, dans le sens ou de nombreux longs métrages antérieur avait déjà utilisé ce principe (notamment certains films d’Alfred Hitchcock), mais, qui fonctionne toujours, à condition d’être correctement mise en place, comme c’est le cas dans Sixième Sens.

Le problème, c’est qu’une fois connu ce fameux twist, Sixième Sens perd beaucoup de son intérêt.

Reste un film fantastique assez moyen, porté par les prestations de Bruce Willis et Haley Joel Osment, et ou le réalisateur à le mérite de cerner parfaitement le monde de l’enfance. Bref, pour moi, malgré ses qualités, Sixième Sens reste tout de même un long métrage surestimé.

Quoi qu’il en soit, après ce succès plébiscité aussi bien par le public que par la presse, la suite de la filmographie de M. Night Shyamalan va progressivement beaucoup plus diviser dans les deux camps. Plus les années passent et plus le réalisateur semble perdre l’estime d’à peu prêt tout le monde.

Après l’échec d’After Earth, en 2013, le réalisateur disparaît du paysage cinématographique, pour finalement revenir deux ans plus tard, d’abord via la série  , puis, sous l’égide du producteur Jason Blum avec The Visit.

Avec cet œuvre à petit budget, le réalisateur semble retrouver quelque peu la confiance perdue avec le public et la critique.

En 2017, M. Night Shyamalan choisit de rester fidèle au producteur et à la méthode du budget réduit de ses débuts, en tournant Split.

Cette fois, le réalisateur s’inspire de l’histoire de Billy Milligan, jeune Américain accusé de viol dans les années 70, et finalement acquitté à cause d’un trouble de la personnalité.

Pour incarner ce personnage assez particulier, M. Night Shyamalan choisit James Mc Avoy, que l’on a pu, notamment, voir dans la saga X-Men.

Pour l’entourer, on trouve, notamment, la jeune Anya Taylor-Joy, révélé grâce au film mais aussi des comédiens plus anonyme comme la chanteuse et productrice Betty Buckley, ou encore Jessica Sula, connu pour son rôle dans la saison 5 de la série Anglaise Skins.

A noter que, fidèle à lui même, M. Night Shyamalan s’est octroyé une courte apparition dans le film, lors d’une scène avec la psychologue du long métrage.

Autre court passage, Bruce Willis apparaît vers la fin, dans un caméo en forme de clin d’œil au film Incassable, du même réalisateur, ce qui peut, à raison, faire penser que Split en est une sorte de spin-off.

L’histoire de Split commence alors que trois adolescentes sont enlevé dans la voiture du père de l’une d’elles. Le kidnappeur les enferment dans un étrange bâtiment sombre. Qui est cet individu au comportement bizarre et, pourquoi a t il fait cela ? C’est ce qu’on découvre progressivement au cours du film.

Avec ce nouveau long métrage, M. Night Shyamalan réalise, à mon sens, son œuvre la plus complexe. Comme l’avait déjà démontré The Visit, le réalisateur semble avoir changé dans sa façon d’aborder les sujets de ses films.

Avec Split, il s’intéresse surtout à trois personnages, qui forment, en quelque sorte, le centre de l’histoire.

Il y a d’abord Casey Cooke, jeune adolescente solitaire vivant en marge de ses camarades qui se méfient d’elle à cause de son comportement. Elle fait partie du trio de filles enlevées par Kevin Wendell Crumb, un homme ayant de graves troubles puisque l’individu possède une vingtaine de personnalités différentes. Concrètement, le réalisateur fait surtout jouer, à son comédien, quatre de ses personnalités : Hedwig, un petit garçon, Barry, l’adepte de la mode, Patricia, l’autoritaire chef de clan et Dennis, le pervers de service.

Au début du film, le spectateur ne sait rien de Kevin, et va apprendre à le connaître au fil de ses apparitions, et des échanges avec sa psychologue, qui est le troisième personnage central du film.

Dans le trio de filles kidnappées, M. Night Shyamalan brosse surtout le portrait de Casey, dont l’attitude en retrait est progressivement expliqué via des flash back de son enfance. Une jeune fille que cette aventure cauchemardesque va beaucoup faire évoluer. Le réalisateur parvient magistralement à ne jamais sombrer dans la glauque, malgré de nombreux éléments du film. Faisant appel à l’imagination et à la compréhension du spectateur, le metteur en scène choisit de ne pas tout montrer, sans qu’on ait l’impression de rater certains détails. Un des exemple est cette scène ou les jeunes filles se font enlever. Le père de l’une d’elle se fait accoster quelques secondes plus tot (par Kevin qu’on ne verra pas puisque le réalisateur utilise la caméra subjective) alors qu’il range des affaires dans son coffre. Jamais M. Night Shyamalan ne montre ce qui arrive au patriarche, préférant filmer Casey, assise coté passager, qui regarde dans le rétroviseur. Mais, le fait qu’on ne le revoit pas, et que Kevin vienne s’asseoir à l’avant, se passe de toute explication visuel superflue.

Split est autant un film sur les apparences (les raisons pour lesquelles deux des filles ont été enlevés sont très clair à ce sujet), que sur le principe de la différence (Kevin s’en plaint souvent d’ailleurs à sa psychologue), et sur l’instinct de survie (le fait que Casey ait été initiée très jeune à la chasse n’y est pas étranger).

Je ne vais prétendre que Split est mon film préféré de M. Night Shyamalan (malgré les tonnes de critiques à leurs encontres, j’aime bien aussi Le Village et Phénomènes), d’autant que certains détails me paraissent exagéré (Kevin qui grimpe sur un mur comme si il était Spider-Man). mais, il n’en reste pas moins que ce film demeure passionnant et formidablement interprété.