21000216_20130419192202667Après plusieurs apparitions dans des séries télé durant les années 90, Ryan Gosling débute sa carrière au cinéma en 2001, avec le film Le plus beau des combats ou il joue un footballeur.

Quatre ans plus tard, il se fait une première fois remarquer grâce à son rôle dans N’oublie Jamais, de Nick Cassavetes. Mais, il faudra véritablement attendre les années 2010 et la sortie de Drive pour qu’enfin, l’acteur connaisse enfin la notoriété publique.

2013 est l’année des retrouvailles pour le comédien. D’abord avec le metteur en scène Derek Cianfrance avec qui il avait déjà tourné quelques années plus tôt pour Blue Valentine, mais, également avec Nicolas Winding Refn, le réalisateur de Drive.

Lorsque leur nouveau long métrage commun, à savoir Only God Forgives, débarque sur la croisette de Cannes et dans les salles, tout le monde s’attend à ce que le cinéaste poursuive dans la veine de son précédent long métrage, élément appuyé par une bande annonce laissant clairement penser que Ryan Gosling incarne un nouveau personnage fort et charismatique. C’était sans compter sur la volonté de Nicolas Winding Refn de ne pas s’enfermer dans la facilité. Farouchement indépendant, le réalisateur préfère profiter du succès de Drive (qui lui amène un indéniable soutien financier, puisque le film est notamment produit par la société Gaumont) pour faire le cinéma dont il a envie, et tant pis si cela déplait au public.

Dans Only God Forgives, Ryan Gosling donne notamment la réplique Kristin Scott Thomas, qui incarne sa mère.

L’histoire se déroule en Thaïlande, plus précisément à Bangkok. C’est la que Julian Hopkins et son frère aîné Billy ont monté un club de boxe.

Un soir, le second sort pour tirer sa crampe  et finit par tuer la fille avec qui il couchait. Arrivé sur place, Chang, le chef de la police, laisse le père de la prostitué exécuter sa vengeance.

Quelques jours plus tard, Crystal, la mère des deux garçons, débarque à Bangkok. Elle compte d’abord enterrer Billy dignement, mais, surtout, venger son enfant en éliminant le meurtrier. Pour cela, elle charge Julian d’exécuter la mission en faisant pression sur lui.

A la lecture de ce résumé, vous pensez qu’Only God Forgives est un film de vengeance banale? C’est une erreur. D’abord, oubliez l’image du héros virile et puissant, car, le personnage qu’incarne Ryan Gosling dans ce film n’a de charismatique que sa corpulence.

Julian est en effet un homme lâche, naïf et complètement soumis à une mère castratrice et dominatrice. Cette dernière ne cache d’ailleurs jamais se préférence pour Billy, qu’elle chérissait même si c’étais un véritable malade (il suffit de voir son comportement lors de la scène d’ouverture pour s’en convaincre). Mais, surtout, Crystal adorait son fils aîné parce qu’il lui ressemblait. A l’inverse, elle voue une haine féroce envers Julian, qu’elle regrette d’avoir mit au monde.

Lors de la scène du dîner, elle n’hésite pas à l’humilier publiquement devant sa compagne, en se moquant de ses attributs sexuels.

Lorsque la jeune femme qui l’accompagnait demande à Julian pourquoi il se laisse faire, il répond simplement : « c’est ma mère », ce qui en dit long sur la personnalité du bonhomme.

Beaucoup plus fascinant, le personnage de Chang est un véritable paradoxe. Capable d’exécuter froidement des types d’un coup de sabre, il est aussi un parfait chanteur adepte des karaokés, ou il entonne des couplets sur l’amour, ainsi qu’un père de famille attentionné pour sa petite fille qu’il chérit.

Au niveau du casting, c’est un sans faute, Totalement humilié à travers le personnage de Julian, Ryan Gosling qui, après le tournage, avouera qu’il s’agit du film le plus étrange qu’il ait tourné, se fait clairement voler la vedette par Kristin Scott Thomas. L’interprétation incroyable de la comédienne vampirise littéralement l’ensemble du long métrage.

Avec Only God Forgives, Nicolas Winding Refn souhaitait avant tout désarçonner son public et on peut véritablement dire qu’il a réussi son coup. D’ailleurs, le film divisera les spectateurs, certains adorant le coté étrange du long métrage quand d’autres le rejettent en bloc. De mon point de vue, ça reste un film à voir pour plusieurs raisons, notamment son coté singulier et l’excellence du casting, à condition de savoir se laisser porter par le voyage que propose le réalisateur.

Résultat de recherche d'images pour "lost river"A la fin de l’année 2013, Ryan Gosling annonce vouloir  ralentir le rythme dans sa carrière cinématographique.

En vérité, le comédien souhaite mettre sur pieds son premiers long métrage, baptisé Lost River, qui sortira finalement deux ans plus tard.

Décrit comme un mélange de plusieurs influences (notamment Derek Cianfrance, Nicolas Winding Refn, mais, aussi David Lynch ou Dario Argento), cette première œuvre de Ryan Gosling affiche d’abord un casting hétéroclite.

S’y croisent notamment Ben Mendelsohn, Christina Hendricks, Saoirse Ronan, Reda Kateb ou encore Eva Mendes (compagne de Ryan Gosling à la ville) et Barbara Steele qui remplace Karen Black, initialement prévu avant de céder la place pour cause de décès.

L’histoire se situe dans un bled paumé ou Billy, une mère célibataire, tente d’élever ses deux garçons, Franky et Bones. Alors que la demeure familiale risque d’être saisi par la banque, Billy parvient à trouver un travail dans un lieu étrange, une sorte de cabaret dont les adeptes vouent un culte au sang.

Pendant ce temps, Bones, l’aîné, tente d’aider sa famille en vendant des pièces de bagnoles. Malheureusement, il s’attire les foudres de Bully, sorte de caïd local. Ce dernier ne va plus le lâcher jusqu'à l’ultime affrontement. Dans le même temps, l’adolescent rencontre l’amour en la personne de Rat, une jeune fille vivant à coté de chez lui avec sa grand mère.

A sa sortie, Lost River fut particulièrement mal reçu par la presse, qui se montra impitoyable (" Ryan Gosling est un enfant gâté et son film est clinquant, c’est d’un vide sidéral ;  un pandémonium sado-maso, tellement naïf, enfantin et laid").

Il est amusant de penser que, finalement, si l’œuvre avait été réalisé par Nicolas Winding Refn ou David Lynch, les journalistes se seraient peut ètre montré moins cruels.

Pourtant, on sent clairement la sincérité de Ryan Gosling qui signe une œuvre aussi étrange qu’onirique et envoûtante.

L’ambiance du film, et son coté décalé, revois immédiatement à l’univers de David Lynch. D’emblée, tout les personnages semblent évoluer dans un autre univers, à l’image du rôle incarné par Barbara Steele, peut être le plus beau du film, une femme qui passe ses journées dans son canapé à regarder inlassablement les même images, celles prises le jour de son mariage, du temps ou elle était heureuse. Il y a aussi cette légende parlant d’une malédiction planant sur la ville.

On pense également à Nicolas Winding Refn auquel Ryan Gosling emprunte ce goût pour les couleurs vives. De la même manières, Bones est un personnage qui pourrait facilement sortir d’un film de Derek Cianfrance.

Enfin, l’hommage à Dario Argento se traduit à travers cet endroit étrange, sorte d’antre du diable ou des jeunes femmes se produisent sur scène dans des numéros ou elles font couler leur sang pour un public conquis.

Lost River n’est pas sans défauts (je pense à la scène assez ridicule montrant Ben Mendelsohn se mettre à danser devant un instrument de torture transparent ou se trouve enfermé Christina Hendricks). Pour autant, même si le film risque de diviser les opinions, je pense, pour ma part, que le long métrage dégage suffisamment de sincérité et de qualité pour demeurer appréciable.