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Aujourd’hui, je vous propose d’évoquer deux longs métrages dont le principal points communs est de se situer à contre courant des attentes qu’on pourrais en avoir, le tout pour des raisons différentes.

En 2015, un jeune scénariste du nom  de Robert Eggers signe son  premier long métrage, baptisé The Witch.

Tourné avec des moyens réduits et un casting composé de comédiens inconnus, le film s’inspire de légendes du 16 ème siècles concernant de prétendus faits de sorcelleries.

L’histoire tourne intégralement autour d’une famille, et commence au moment ou le père décide de quitter sa confrérie. Fervent catholique au point d’en être un intégriste, il emmène sa famille dans une ferme isolée, convaincu que vivre à l’écart permettra à tous de renforcer leur foi en Dieu.

Les problèmes commencent lorsque le bébé de la famille disparaît soudainement. Thomasin, l’aînée, qui était chargée de le surveiller, se retrouve immédiatement soupçonnée. Mais, pour la famille, les malheurs ne font que commencer. Entre les récoltes qui ne poussent pas, et les éléments mystérieux qui s’enchaînent, comme une nouvelle disparition, celle du second enfant de la fratrie, c’est la psychose qui s’installent progressivement, entraînant la famille vers une issue inexorable.

Autant le dire, ceux qui ne jurent que par les productions Blumhouse Pictures et autres films d’horreur actuelles risquent de faire la tronche devant The Witch.

Avec son premier long métrage, Robert Eggers nous ramène en arrière, signant ainsi une œuvre qui rappelle bien plus le cinéma des années 70, une époque ou les metteurs en scènes avaient comme principal ambition de raconter une histoire, en prenant le temps de la développer.

Ne s’appuyant ni sur le gore, ni sur les effets faciles, le réalisateur laisse lentement monter la tension, s’attachant à dépeindre le cauchemar d’une famille finalement piégé dans ses propres croyances.

Le père de famille révèle ainsi progressivement son vrai visage : Celui d’un homme dont la lâcheté semble sans limites. Il n’hésite pas à laisser sa fille se faire accuser à sa place, ou à discrètement emmener son fils dans une foret réputé maudite, menant ainsi l’enfant, sans le savoir, à sa perte. 

Avec son film, Robert Eggers ne fait cherche jamais à s’attirer les faveurs du public actuel, notamment en ne donnant jamais aucune explication sur ce qui se passe à l’écran. Une des particularité qui rend The Witch si fascinant, ajouté à une interprétation sans faille. Il ne s’agit probablement pas du film d’horreur de l’année, mais, ça reste une expérience à vivre absolument, pour ceux qui aiment véritablement le genre.

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Autre long métrage jouant avec les attentes du public, Audrey Rose, tourné par Robert Wise en 1977, et adapté d’un roman de Frank De Fellitta.

L’histoire tourne encore une fois, autour d’une famille dont le bonheur est perturbé lorsqu’un homme inconnu semble particulièrement s’intéresser à la fillette, âgée de 11 ans.

Il commence par l’attendre à la sortie de l’école, puis, profite de la première occasion pour la ramener chez elle, avant d’harceler les parents de coups de téléphone.

Dans le même temps, la gamine commence à souffrir de crises d’hystéries particulièrement violentes.

Audrey Rose ressemble, si l’on se fie à son affiche, à une énième copie de L’Exorciste, comme il en pullulaient suite à la sortie du film de William Friedkin, et l’on pourrait être quelque peu surpris de voir un grand cinéaste comme Robert Wise participer à ce genre de pratiques.

Comme quoi, les apparences peuvent parfois être trompeuse. Car, il n’est absolument pas question de possession dans Audrey Rose et le film entretien finalement très peu de rapport avec le genre.

Si quelques scènes peuvent laisser penser que la fillette est hanté par un esprit, le scénario s’oriente plutôt vers le thème beaucoup moins fréquent de la résurrection.

Le personnage, campé par un tout jeune Anthony Hopkins, harcèle ainsi la famille parce qu’il demeure convaincu que l’enfant est la réincarnation de sa petite fille jadis décédée dans un accident de voiture.

Après avoir laissé un peu planer le doute sur les certitudes de l’étranger et sur sa santée mentale, le scénario apporte une réponse qui bouleversera ceux qui ne croient pas à la vie après la mort et renforcera les certitudes des autres.

Si il sacrifie aux scènes rappelant la possession, notamment quand la gamine se brûle les mains sur une fenêtre, Robert Wise ne cherche jamais à égaler ses prédécesseurs dans le spectaculaire, c’est même tout le contraire.

En vérité, le réalisateur semble assez mal à l’aise avec ces passages. Ce qui semble beaucoup plus l’intéresser, c’est de montrer comment un homme, en l’occurrence le père de famille, rationnel jusqu’au bout des ongles, va voir ces certitudes totalement ébranlé face à cette affaire.

Catholique convaincu et auteur du scénario, Frank De Felitta laisse éclater sa foi à travers cette histoire dont la dernière image demeure emprunte d’une grande tristesse. Œuvre méconnu et singulière, Audrey Rose mérite d’être redécouvert.