Parmi les long métrages qui marquèrent l'apogée du cinéma d'Alfred Hitchcock en Angleterre durant le milieu des années 30, on trouve notamment Jeune Et Innocent, que le metteur en scène signe un an après Agent Secret - Les Quatre De l'Espionnage et juste avant Une Femme Disparaît.

Pour l'occasion, il retrouve l'actrice Nova Pilbeam, qu'il avait déja dirigé quelques années auparavent dans la première version de L'Homme Qui En Savait Trop.

Pour l'anecdote, c'est sur le tournage de Jeune Et Innocent qu'elle rencontrera Pen Tennyson, un proche d'Alfred Hitchcock et son assistant réalisateur à trois reprises. Peu après la sortie du film, elle l'épousera et se retirera du monde du cinéma.

Au coté de Nova Pilbeam, le metteur en scène choisit Derrick De Marnay, un acteur de théâtre et de cinéma franco Irlandais sont le film d'Hitchcock restera comme son rôle le plus connu, malgré une longue filmographie.

Fidèle à sa réputation, le cinéaste en profite pour faire son habituel apparition, qu'il réserve en général durant les vingt premières minutes du film afin que le spectateur puisse ensuite se plonger dans l'histoire. Ici, on peut l'appercevoir lors d'une scène devant un palais de justice ou il apparaît en arrière plan, un appareil photo à la main. 

Avec Jeune Et Innocent, on retrouve un des thèmes fétiches d'Hitchcock, à savoir celui de l'homme condamné à tort, mais, il s'inspire surtout d'un roman policier écrit par une auteur Écossaise.

Tout commence par la dispute violente d'un couple, à la nuit tombée. Le lendemain matin, un corps de femme est retrouvé sur une plage. les premiers éléments semble indiquer qu'elle a été étranglée.

Un jeune romancier est immédiatement soupçonné, celui ci ayant été vu courir à pleine vitesse après avoir découvert le corps. La police ne cherche d'ailleurs pas vraiment à pousser son enquête, des témoignages et un testament suffisent pour inculper rapidement le jeune homme.

Pendant ce temps, la fille du commissaire de police accompagne son père et rencontre par hasard le romancier, dont elle s'éprend rapidement.

Lorsque celui ci s'enfuie et l'emmène avec lui, la jeune femme prend bientôt la mesure des risques encourues, mais, se voit malgré tout incapable de se séparer de l'homme qu'elle aime et qu'elle aidera jusqu'au bout à prouver son innocence.

Alfred Hitchcock signe une oeuvre beaucoup plus porté sur les sentiments naissant de la fille du commissaire de police et son incapacité à assumer la situation vis à vis de sa famille et ses proches (voir la scène de l'anniversaire chez la tante ou la jeune femme tente d'échapper maladroitement à la curiosité de celle ci). 

De fait, l'intrigue concernant la recherche du vrai coupable se trouve souvent en second plan, ce qui nuis au rythme du film, qui a tendance à souvent sombrer dans le mélodrame.

Dans les rôles principaux, Nova Pilbeam s'en tire plutôt bien, contrairement à son partenaire qui possède un coté un peu falot et parait inadapté pour le rôle.

Au final, Jeune Et Innocent ne figure pas parmi mes crus préféré d'Alfred Hitchcock, la faute à un déroulement que je trouve un paresseux et qui s'avère vraiment prenant dans les dernières minutes.

Encore une fois, ce cru du metteur en scène s'avère tout de même recommandable, même si, je le répète, il ne figure pas pour moi parmi les indispensables de la filmographie d'Alfred Hitchcock.

LE_PRO~1Faisons maintenant un bond en avant de dix sept ans avec un autre long métrage du maître, Le Procès Paradine, qu'il signe en 1947.

Cette oeuvre marque une étape importante dans la carrière d'Alfred Hitchcock puisqu'il s'agit de sa dernière collaboration avec le producteur David O. Selznick, avec qui il était alors sous contrat.

Le producteur d'Autant En Emporte Le Vent et le réalisateur mettant ainsi fin à une union cinématographique qui aura donnée plusieurs long métrage entre 1940 et 1947, dont La Maison Du Docteur Edwards ou Rebecca.

Ce qui pose surtout problème à Alfred Hitchcock, c'est la coté interventionniste de son producteur qui laisse de moins en moins de marge de manoeuvre au metteur en scène.

C'est particulièrement le cas sur Le Procès Paradine, ou Hitchcock n'a quasiment pas droit à la parole. C'est, d'ailleurs, de David O Selznick que vient l'idée de cette adaptation d'un roman de Robert Hitchens.

Le légendaire producteur  n'hésitera pas à réécrire le scénario durant le tournage (limitant ainsi la contribution tenu par Hitchcock et son épouse, Alma Reville, pourtant également créditée au générique) et interviendra sur le montage, ramenant la durée initiale de 3h voulue par le metteur en scène à 2h05, en gommant certains détails de la mise en scène d'Alfred Hitchcock. Des chutes de réalisation qui sont désormais considéré comme perdu.

Dans la même optique, le réalisateur souhaite engager pour le film Laurence Olivier, Greta Garbo, et Robert Newton, mais, le producteur imposera d'autres acteurs et choisira Gregory Peck, Ann Todd et Louis Jourdan.

Dans le casting figure également Ethel Barrymore, Charles Coburn et Alida Valli, actrice italienne de cinéma et de théâtre à la filmographie impressionnante. On la retrouvera notamment en 1959 dans le classique de Georges Franju, Les Yeux Sans Visage.

Si Alfred Hitchcock à déjà la tète à son prochain film (qu'il produira lui même, tout comme les suivants), le réalisateur fait tout de même consciencieusement son travail, ayant à coeur d'offrir un bon spectacle au public.

L'histoire du Procès Paradine tourne autour d'un jeune avocat très en vue, Anthony Keane. Celui ci multiplie les succès professionnelles et personnelles, grâce à une vie de couple sans histoire au coté de sa douce compagne, Gay Keane.

Un jour, il se retrouve chargé de défendre Mrs. Maddalena Anna Paradine, épouse d'un riche colonel qu'on l'accuse d'avoir froidement empoisonné parce que la cécité de son mari était devenu trop lourde à porter.

Il faut dire que la jeune femme manifeste une personnalité tout ce qu'il y a de plus étrange. Mais, la veuve ne manque pas non plus de charme et l'avocat s'éprend rapidement d'elle, au grand désespoir de Gay.

Décidé à prouver l'innocence de sa cliente, Anthony Keane commence une enquête qui s'avère difficile, tant la femme et ceux qui habitent encore la demeure du défunt colonel semblent garder de lourds secrets.

Quel rôle à exactement joué André Latour, homme de confiance et valet de chambre du couple Paradine ? S'enfoncant dans sa fascination pour sa cliente, l'avocat ne se rend pas compte du piège dans lequel il tombe, jusqu'a ce que ses sentiments le pousse à une faute grave, qui pourrait bien remettre en question sa vie et sa carrière.

Malgré le fait qu'Hitchcock ait eu les mains liées sur ce projet, le réalisateur réussit tout même à imprimer sa marque sur le projet, n'hesitant pas à multiplier les idées de mise en scène lors du procès de la jeune veuve.

Dans le rôle de cet avocat idéaliste et qui va risque de subir son premier échec, Gregory Peck est absolument formidable, tout comme le reste du casting, notamment Alida Valli en femme froide et que rien ne semble atteindre, du moins en apparence.

Malgré les modifications de scénario, jamais le film ne souffre de quelconque longueurs, tant la spirale dans laquelle s'enfonce progressivement Anthony Keane, et l'enquète qu'il mène, maintienne l'attention.

Au final, le Procès Paradine n'est peut être pas le meilleur film d'Hitchcock, mais, ça reste un long métrage tout à fait recommandable et une oeuvre à redécouvrir.